L'art du roman

Gratuit
Recevez toutes nos informations et actualités par Email.

Entrez votre adresse email:

Quand l’art du roman s’empare de l’histoire

Autour de l’an 2000, la plupart des grands romanciers ont éprouvé le besoin de se confronter à des sujets historiques. Effet d’une date propice aux bilans ? Ou mutation durable de la littérature elle-même, qui s’approprie de nouveaux territoires ?

par Guy Scarpetta, juillet 2015

APERÇU

Relations compliquées, tout à la fois de solidarité et de rivalité, entre l’histoire et l’art du roman… S’il est un lieu commun à ce sujet, c’est bien celui qui opposerait la vision objective des historiens à celle, subjective, des écrivains. Or rien n’est aussi tranché. Les plus lucides des historiens savent bien que leur discipline est, par nature, anachronique, puisque c’est toujours le présent, nécessairement, qui détermine et modèle notre construction du passé ; et il revient à l’inverse aux meilleurs écrivains de produire, le cas échéant, des effets de vérité sur ce qui échappe aux autres systèmes de représentation et d’interprétation — notamment à l’histoire et à ses grands récits officiels. Mieux : il est de plus en plus d’historiens, aujourd’hui, pour reconnaître qu’ils pratiquent eux aussi un certain type de récit, dont la forme n’est pas innocente, et pour inclure des romans dans leur champ de recherche, même si ce n’est, le plus souvent, qu’à titre de documents (1)…

Il n’en reste pas moins qu’il revient à la discipline historique d’établir des faits, de les soumettre à une perspective qui leur donne une cohérence, avec un scrupuleux souci de véracité ; tandis que l’objectif du roman serait plutôt d’explorer, sans exclure la liberté de l’imagination, cette part de l’expérience humaine à laquelle on ne saurait accéder par d’autres voies, selon la thèse défendue par Hermann Broch, puis reprise et développée par Milan Kundera et Carlos Fuentes. Par exemple, si l’on veut comprendre quelque chose à la guerre d’Espagne (1936-1939), une foule d’ouvrages historiques peuvent y contribuer ; mais si l’on veut saisir comment elle a été vécue subjectivement, de l’intérieur, par ses acteurs, mieux vaut lire Pour qui sonne le glas… Bien sûr, Ernest Hemingway a participé à cette guerre ; mais c’est bien un roman qu’il en a tiré, et non la simple relation de son expérience.

Le roman est un art qui possède sa dynamique propre, son histoire singulière, et il n’a cessé, tout au long de son évolution, de conquérir son territoire sur les (…)

  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté(e) pour poster un commentaire.